Les candidats sortants: atout ou obstacle a la participation electorale?

Author:Breux, Sandra
 
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Abstract

Quebec municipal elections are marked by two political phenomena: the strong re-election of incumbents and a turnout rate often lower than at other levels of government. But how are these two phenomena related? Do the presence of incumbents influence the turnout rate? Using data from the ten largest cities in Quebec in 2013 elections, eight hypotheses--including the presence of incumbents--are tested to explain voter turnout. The results show that there is no direct link between the presence of incumbents and the turnout for the position of city councilor. However, the presence of incumbents affects the nature of the electoral offer and the level of competitiveness of the election, and associated with a specific context, it is possible to think that it helps to determine the voter turnout and the quality of democracy.

Keywords: incumbents, turnout, city council

Resume

Les elections municipales quebecoises sont marquees par deux phenomenes politiques, soit la forte reelection des candidats sortants et une participation electorale souvent plus faible qu'aux autres echelons de gouvernement. Mais a quel point la reelection des candidats sortants et la faible mobilisation electorale sont-elles liees ? La presence de candidats sortants influence-t-elle la participation electorale ? A partir des taux de participation a la mairie et aux postes de conseillers municipaux aux elections de 2013 dans les dix villes les plus peuplees du Quebec, nous allons tester huit hypotheses permettant d'expliquer la participation electorale--dont une sur la presence d'un candidat sortant--. Les resultats montrent qu'il n'y a pas de lien direct entre la presence de candidats sortants et le taux de participation electorale au poste de conseiller de ville. Toutefois, la presence de candidats sortants influence la nature de l'offre electorale ainsi que le degre de competitivite de l'election, et associee a un contexte specifique, il est possible de penser quelle contribue a determiner le taux de participation electorale et la qualite du jeu democratique.

Mots cles: participation electorale, candidat sortant, conseil municipal

INTRODUCTION

Deux caracteristiques des elections municipales quebecoises sont troublantes. Premierement, le taux de reelection est particulierement eleve: en 2009, dans les villes de plus de 100 000 habitants (1), le taux de reelection des candidats sortants etait de 82,5%. En 2013, ce taux a legerement diminue, passant a 77,5%. Un taux de reelection si eleve indique la difficulte pour l'opposition de s'imposer comme une alternative credible lorsqu'un candidat sortant se represente. Deuxiemement, la participation electorale moyenne est faible: dans les villes de plus de 100,000 habitants et plus, la mobilisation electorale etait de 41,5% en 2009 et de 45,8% en 2013. Cette moyenne dissimule toutefois des ecarts de participation fort importants entre les differentes municipalites. Malgre ces ecarts, la mobilisation electorale reste souvent bien en deca de ce que l'on rencontre aux autres echelons de gouvernement (2).

Peut-on penser que le taux de reelection eleve influence la faible participation electorale? En d'autres mots, ces deux phenomenes sont-ils lies? Ce lien a ete jusqu'a maintenant peu explore. Les ecrits qui traitent des candidats sortants sont fort nombreux (Trounstine 2009; Kendall and Rekkas 2012), mais ils se focalisent principalement sur les facteurs explicatifs de cette reelection, negligeant l'influence de la presence de candidats sortants sur la participation electorale. Quant aux ecrits sur la participation electorale, ils se distinguent en deux grandes categories: ceux qui abordent l'influence du contexte sociospatial et du profil des electeurs (Oliver and Ha 2007; Dostie-Goulet et al. 2013) et ceux qui traitent de l'importance du contexte institutionnel et de l'offre electorale (Caren 2007; Wood 2002). Au sein de ces travaux, la question des candidats sortants n'est que rarement abordee.

L'objectif de cet article est ainsi de comprendre dans quelle mesure la presence de candidats sortants affecte la participation electorale municipale au Quebec. Dans un premier temps, nous reviendrons sur les ecrits qui traitent d'une telle relation et les differentes dynamiques qui la sous-tendent. Dans un deuxieme temps, nous aborderons le contexte specifique dans lequel le scrutin municipal de 2013 a eu lieu avant d'exposer notre cadre theorique et methodologique. A partir des donnees issues des elections municipales de 2013 dans les dix villes les plus peuplees de la province, nous testerons ensuite un ensemble d'hypotheses a partir des postes de conseillers de ville. Les resultats de cette enquete nous permettront dans un dernier temps de montrer qu'il n'existe pas de lien direct entre la presence de candidats sortants et la participation electorale. Toutefois, la presence de candidats sortants influence la nature de l'offre electorale ainsi que le degre de competitivite de l'election, et associee a un contexte specifique, elle contribue a determiner le taux de participation electorale et la qualite du jeu democratique.

  1. PARTICIPATION ELECTORALE ET CANDIDAT SORTANT: ETAT DES CONNAISSANCES

    De facon generale, les facteurs susceptibles d'expliquer la participation electorale municipale nord-americaine se regroupent en deux grandes categories: 1) le contexte sociospatial et sociodemographique; 2) le contexte institutionnel (lequel comprend l'offre electorale, le degre de competitivite de l'election et la presence de candidats sortants). Comme la participation electorale municipale est un phenomene complexe, il est necessaire de revenir sur chacun de ces facteurs afin de saisir l'importance et les liens qu'ils entretiennent les uns avec les autres et d'ainsi bien comprendre les relations possibles entre la participation electorale et la presence de candidats sortants.

    Premierement, le contexte sociospatial et sociodemographique (3) figure parmi les raisons susceptibles d'expliquer la participation electorale a l'echelle municipale. Oliver et al. (2012) ont montre que la participation electorale est en lien avec la taille de la municipalite. La participation electorale serait ainsi plus faible dans les municipalites de plus grande taille. Sachant que son vote a moins de probabilite de faire la difference au sein d'un electorat plus vaste, l'electeur aurait moins tendance a se rendre aux urnes. Ces auteurs ont notamment souligne, dans le contexte americain, que l'electorat aux elections municipales est souvent, blanc, plus age, davantage eduque et plus riche qu'aux autres elections. Bien que ces idees aient fait l'objet de critiques (Kelleher et Lowery 2004; Tavares et Carr 2012) et que les variables sociodemographiques detiennent a l'echelle locale une importance moindre qu'aux autres echelles de gouvernement (Trounstine 2009), il n'en demeure pas moins que la taille de l'electorat joue davantage a l'echelon municipal qu'aux autres paliers politiques.

    Deuxiemement, le contexte institutionnel dans lequel se deroule le vote influencerait egalement la participation electorale. Le contexte institutionnel comprend l'organisation du systeme politique local et les consequences qui en decoulent. Son analyse peut prendre plusieurs formes. Il s'agit pour certains d'etudier la facon dont sont elus le maire et le conseil municipal. Hajnal et Lewis (2003) ont souligne que lorsque le maire est elu directement par la population, la participation electorale est plus elevee que lorsque le maire est choisi au sein du conseil municipal. Ces memes auteurs ont egalement mis en evidence que la simultaneite des elections municipales avec d'autres elections favorise la participation electorale. Pour d'autres, le contexte institutionnel designe egalement en partie la structuration de l'offre electorale, en permettant par exemple la presence de partis politiques municipaux. Neanmoins, sur ce dernier point, il n'y a pas de consensus. Pour certains les partis politiques municipaux favorisent la participation electorale, pour d'autres, leur presence n'a pas d'impact sur la mobilisation ou au contraire contribue a la faire chuter (Caren, 2007).

    L'etude du contexte institutionnel du vote conduit donc a s'interroger plus en detail sur la structuration de l'offre electorale et le degre de competitivite de l'election. Et c'est dans cette derniere categorie de facteurs qu'entre la presence de candidats sortants. Pour Trounstine (2006), plus un candidat domine la scene electorale locale--ce qui peut etre le cas en presence d'un candidat sortant--plus la participation electorale diminue sensiblement au fil des elections. Les resultats des elections tendraient ainsi a devenir plus previsibles, ce qui n'inciterait pas les electeurs a aller voter (Berry et Howell 2007). Dans un tel contexte, la seule opportunite pour de nouveaux candidats de s'imposer est d'attendre le retrait de la vie politique du candidat sortant ou d'esperer une crise politique qui aurait pour effet de mobiliser les electeurs. Cette > d'un candidat sur les autres nuit a la competitivite de l'election, scenario que l'on rencontre parfois en presence de candidats sortants qui accumulent les reelections. On parle alors de monopole politique (Trounstine 2006). Dans ce meme ordre d'idees, Caren (2007) a montre que les reelections successives ont pour resultat une diminution de la participation electorale sur le long terme. De meme, Hansford et Gomez (2010) ont ete en mesure de demontrer l'effet de l'augmentation de la participation electorale sur la chance de reelection des candidats sortants. Cela signifie que l'augmentation du nombre de votes provient majoritairement d'opposants au candidat sortant. Les candidats sortants auraient a craindre une augmentation de la participation electorale.

    En somme, la presence de candidats sortants est directement liee au degre de competitivite de l'election, qui peut s'exprimer par le nombre de mandats realises par le...

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