Un entretien avec professeure Nicole LaViolette.

Author:Albert, Marie-Pier
Position:Interview
 
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  1. LE PARCOURS UNIVERSITAIRE

    Revue de droit d'Ottawa (ci-apres >) : Qu'est-ce qui a motive votre choix de poursuivre des etudes en droit?

    Nicole LaViolette (ci-apres >) : Je pourrais repondre a cette question de differentes facons. Pour moi, le droit est une deuxieme carriere, car j'ai commence dans le domaine de la politique. J'ai travaille sur la colline parlementaire pendant plusieurs annees. Dans le cadre de ce travail, je touchais au droit, cependant je n'avais pas encore de formation dans le domaine. J'ai fini par ressentir le besoin de retourner aux etudes. J'avais alors un baccalaureat, mais je souhaitais faire des etudes plus avancees. J'envisageais de poursuivre des etudes superieures en faisant une maitrise en relations internationales. Je travaillais deja dans ce domaine et mon premier baccalaureat etait dans ce domaine egalement. Je suis donc allee voir une amie et professeure de relations internationales ; je me disais quelle serait la meilleure personne qui puisse m'orienter afin de m'aider a choisir le programme et l'institution d'enseignement appropries. J'etais tres surprise par sa reaction. Elle m'a dit : > Cela m'a fait rire, mais elle a insiste en disant qu'elle ne me parlerait aucunement des differents programmes en relations internationales. D'apres elle, le fait que j'aie travaille un peu dans le domaine suggerait que j'avais deja une connaissance de ce qui etait au programme d'une maitrise en relations internationales.

    C'est donc une amie qui me connaissait bien qui m'a poussee a regarder des programmes de droit ; je n'y pensais pas, pas du tout meme. Je travaillais sur la colline et j'avais travaille sur certains projets de loi, mais le droit n'etait pas quelque chose que j'envisageais de faire. Je n'etais pas le type de personne qui avait pense au droit depuis son plus jeune temps, je m'interessais plutot au domaine international. Etant donne que mon amie voulait absolument que je regarde les programmes de droit offerts, j'ai entame une recherche a ce sujet. Parmi d'autres programmes, j'ai regarde celui offert a l'Universite d'Ottawa et j'ai constate qu'une composante importante de droit international y etait prevue. Puis, j'ai realise pour la premiere fois que le droit pouvait quand meme m'offrir une formation qui m'aiderait dans le domaine des relations internationales. C'est donc pour cette raison que j'ai fait demande et au final, j'ai ete acceptee. Par ailleurs, mon amie avait vraiment raison, car des ma premiere session a la faculte de droit, j'ai adore cela. Je n'ai pas seulement adore le droit international, mais toute l'etude du droit; l'etude de l'organisation de la societe par le droit. Elle me connaissait mieux que je ne me connaissais et me reclame maintenant la moitie de mon salaire (ton humoristique) !

    RDO : En termes de choix d'institutions d'enseignement, vous avez fait des etudes de premier cycle a l'Universite de Carleton et a l'Universite d'Ottawa. Qu'est-ce qui a motive ces choix d'institutions d'enseignement?

    NL : J'ai grandi au Quebec dans une famille bilingue. Mes parents etaient francophones, mais nous enseignaient l'anglais a la maison. Evidemment, j'ai etudie en francais au Quebec. Ma premiere motivation pour aller a l'universite en anglais etait mon desir de m'ameliorer dans cette langue en etudiant. Je regardais deja des universites anglophones, mais je ne voulais pas trop m'eloigner du Quebec. Ottawa semblait donc etre une belle destination pour combler cette attente. Egalement, Ottawa semblait etre une bonne idee pour faire du droit des relations internationales. Cela etait peut-etre ma premiere motivation pour etudier a l'Universite Carleton. A cette epoque, il y avait un programme particulierement interessant en etudes sovietiques et du bloc de l'est. C'etait a l'epoque de l'existence du bloc sovietique, dans les annees 1980. Cela m'interessait aussi, car ca touchait les relations internationales et je souhaitais faire une specialisation sur cette partie du monde. Par consequent, la combinaison d'un programme interessant et la possibilite d'etre dans un contexte anglophone, sans trop m'eloigner du francais, sont ce qui a motive mon choix d'etudier a l'Universite Carleton. Maintenant, je considere ce parcours comme un baccalaureat en histoire parce que tout ce que j'ai etudie--le gouvernement sovietique, la scission du bloc de l'est--n'existe plus. Il y a encore des sequelles de tout ca, mais ce que j'ai etudie a ce sujet ne sert plus a rien.

    RDO : C'etait en quelle annee?

    NL : C'etait au debut des annees 1980, a l'epoque de la Guerre froide. La presence tres forte du bloc sovietique se faisait encore bien sentir. Quand le mur est tombe, tout a commence a s'ecrouler (1). Je me sens tres mal pour les etudiants qui ont fait ces etudes a cette epoque. Certains etaient au doctorat, en train de rediger des theses sur l'organisation politique de l'Union sovietique et en tres peu de temps, tout a disparu. Certains ont du abandonner leurs etudes parce que tout ce qu'ils avaient fait n' etait plus pertinent.

    RDO : Vous avez poursuivi des etudes superieures a l'Universite de Cambridge en Angleterre. Vous aviez donc l'intention de faire une carriere universitaire plutot que de pratiquer le droit. Avons-nous raison de penser cela?

    NL : Quand j'etais ici a la faculte, j'ai realise que j'aimais beaucoup l'etude du droit ; je trouvais cela passionnant. Deja, je commencais a penser qu'une carriere universitaire etait plus convenable pour ce que je voulais faire. J'aurais aussi pu faire de la recherche ailleurs, en travaillant dans le domaine des politiques au gouvernement, mais je ne me voyais pas faire l'aspect plus traditionnel du droit, c'est-a-dire, etre avocate dans un bureau et gerer des dossiers. J'etais assez convaincue que cela ne m'interessait pas, alors je visais plutot la carriere universitaire. Toutefois, lorsque je faisais mes etudes--mon stage a la Cour federale--, les universites embauchaient peu, donc je n'avais pas necessairement l'espoir de me trouver un poste dans un avenir rapproche. J'etais ouverte a toute possibilite qui allait me mener vers la recherche, plutot que vers le role traditionnel de l'avocat qui represente le client. Je prefere penser au niveau macro plutot que micro. Par exemple, en droit de la famille, j'aime penser a l'organisation, aux reglements, aux difficultes des gens dans leurs vies privees, mais j'aime moins l'idee qu'une personne vienne a moi avec des problemes tres specifiques puis que j'aie a les regler. Alors, je prefere penser aux problemes de facon plus generale et globale que de gerer les dossiers de particuliers.

    KDO : Pouvez-vous nous parler de votre experience aupres de l'Universite de Cambridge? Qu'est-ce qui a motive le choix de cette universite?

    NL : C'est une bonne question. Comme je vous en ai fait part, a ce moment-la, les facultes de droit n'embauchaient pas enormement de professeurs. Il y avait beaucoup de compressions budgetaires donc c'etait assez difficile de planifier une carriere universitaire. Etant donne que cela m'interessait, j'ai tout de meme discute avec les professeurs de la faculte de droit de l'Universite d'Ottawa. On m'encourageait beaucoup a aller a l'etranger pour faire mes etudes superieures afin d'etre exposee a des professeurs differents et de m'immerger dans un contexte tres different. A ce moment-la, on valorisait beaucoup le fait d'aller a l'etranger. Aux Etats-Unis, le cout des etudes etait tres eleve. Au Royaume-Uni, bien que le cout pour etudier fut similaire, nous etions admissibles a un grand nombre de bourses a cause de nos liens plus proches avec ce pays. J'ai eu la chance de gagner quelques bourses qui m'ont vraiment permis d'aller la-bas (2). Finalement, etant donne que je voulais continuer a faire du droit international, Cambridge etait une tres bonne destination pour obtenir une specialisation dans ce domaine.

    RDO : Vous enseignez maintenant a l'Universite d'Ottawa. Pouvez-vous nous parler de votre passion pour l'enseignement?

    NL : La passion est venue avec l'experience. J'ai ete chanceuse qu'a la fin de ma maitrise, un poste s'est ouvert au Programme de common law en francais (3) et je l'ai obtenu. Comme je l'ai souligne, les chances d'obtenir un poste etaient tres faibles. Quand je suis arrivee, je n'avais aucune experience en enseignement. Il faut le dire, on m'a embauchee pour mon expertise au niveau de mes travaux savants, de mes merites scolaires et de mes experiences en politique et en droit, mais pas pour mes annees d'experience comme pedagogue. Il a donc fallu que je decouvre ca dans la salle de classe. Heureusement, puisque c'est une partie importante de ce qu'on fait, j'ai decouvert que j'aimais l'enseignement, alors c'etait vraiment une chance d'aimer ce qu'on fait. L'Universite offre de tres bons ateliers en pedagogie universitaire pour les nouveaux professeurs (4). J'ai compris aussi qu'enseigner a des adultes est different que d'enseigner a des adolescents ou a des enfants. Quelques etudes ont ete produites a ce sujet, alors j'ai commence a m'interesser aux bonnes pratiques en enseignement universitaire (5). J'ai essaye d'introduire rapidement l'utilisation de la technologie, cela etait tres nouveau lorsque j'ai commence a enseigner (6).

    Je suis arrivee en 1998, il y avait a ce moment-la un tres faible usage de la technologie comme outil pedagogique. J'ai realise que j'aimais la salle de classe et l'interaction avec les etudiants. J'aimais aussi voir leur apprentissage et essayer de leur insuffler la meme passion que j'ai pour les domaines que j'enseigne. Ce n'est pas toujours le cas, mais je peux le voir a l'occasion, notamment dans mon cours de droit de la famille. Souvent, je vois des etudiants qui suivent le cours en vue d'etre mieux prepares a l'examen du Barreau, mais je vois aussi qu'ils finissent par developper un interet pour le domaine. Ca ne veut pas dire qu'ils vont exercer dans ce domaine, mais, parfois, en l'occurrence, ils...

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