Etre candidates aux elections municipales et legislatives: des courses de haies qui s'apparentent?

Author:Tremblay, Manon
Position:Report
 
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Abstract

This article examines the underrepresentation of women on municipal councils in Quebec in light of explanations put forth to explain their low numbers in parliamentary spaces. In an analysis of the 2013 municipal elections, the hypothesis is that although they may provide some insight on the municipal arena, explanations developed for the legislative level are insufficient to account fully for the low rate of feminization of municipal politics because legislative politics, with its own operating logic, cannot be directly compared to municipal politics. Although female candidates in municipal and legislative elections must negotiate obstacles that are similar in many ways, the ambiguous role of political parties on the municipal scene, particularly with regard to the selection of candidacies (and thus female candidates), raises specific issues at this level. This is an avenue for further research.

Keywords: women candidates, municipal elections, legislative elections, Quebec

Resume

Cet article se veut une reflexion sur la sous representation des femmes en tant que membres des conseils de ville au Quebec, et ce, a l'aune des explications mises de l'avant pour comprendre leur faible presence dans les espaces parlementaires. Prenant a partie les elections municipales de 2013, l'idee qui l'inspire est la suivante: bien quelles puissent jeter un certain eclairage sur l'arene municipale, les explications developpees a l'echelle legislative sont insuffisantes a faire pleinement la lumiere sur le faible taux de feminisation de la politique municipale, et ce, parce que celle-ci, disposant de ses logiques propres de fonctionnement, ne peut etre entierement assimilee a celle-la. En effet, si les candidates aux elections municipales et legislatives doivent relever les defis de courses de haies en plusieurs points similaires, par ailleurs le role ambigu des partis politiques sur la scene municipale, et notamment en regard de la selection des candidatures (et donc des candidates), amenage une specificite a l'experience municipale. Voila une invitation a des travaux additionnels.

Mots cles: candidates, elections municipales, elections legislatives, Quebec

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Depuis la decennie 1980, la participation des femmes a la vie politique, que ce soit a titre d'electrices ou d'elues, a genere un nombre impressionnant de travaux, au Canada comme ailleurs dans le monde. (1) Une problematique particulierement feconde en termes de publications est celle de l'election des femmes dans les parlements, peut-etre parce qu'ils constituent les espaces les plus visibles de la democratie representative. En revanche, d'autres volets de la participation des femmes a la vie politique ont ete beaucoup moins explores par les recherches, par exemple leur election en politique municipale. Comme le notent Pini et McDonald (2011: 1), une consequence en est qu'en 2014 leur participation a cet espace de gestion du demeure relativement meconnue, certes, mais surtout mal connue, en cela quelle se prete a toutes sortes d'idees stereotypees et guere verifiees empiriquement.

L'une de ces idees veut que la politique municipale affiche un taux de feminisation plus eleve que la politique legislative. Plusieurs argumentaires ont ete deployes pour expliquer que la politique municipale serait plus permeable aux femmes. Ainsi, etant plus pres de la maison, la politique menee a l'echelle de la ville permettrait aux femmes de combiner et d'equilibrer plus aisement leurs responsabilites familiales et leurs ambitions politiques (Andrew, 1984; Brodie, 1985: 82; Maille, 1990: 5). La politique municipale serait exempte de certains des obstacles a l'election des candidates que comporte la politique legislative: pour l'essentiel, les partis politiques y sont absents, la competition electorale moins vive et les campagnes electorales moins onereuses que dans les arenes superieures de la politique (Vickers, 1978). Les champs de competence des municipalites rejoindraient davantage les interets des femmes et leur , leur socialisation, leurs reseaux associatifs et professionnels que les dossiers dont traite la politique a Ottawa et dans les capitales provinciales et territoriales (Maille, 1997; Trimble, 1995).

Ces argumentaires, exprimes dans des etudes realisees depuis maintenant plusieurs annees, semblent aujourd'hui peu convaincants. En effet, un examen meme rapide des taux de feminisation de la politique municipale et legislative au Canada invite a considerer avec prudence l'idee suivant laquelle la politique municipale est plus accueillante aux femmes. Certes, cela s'avere souvent fonde, mais des nuances s'imposent: non seulement les femmes ne sont pas necessairement plus presentes en politique municipale que legislative (Tolley, 2011; Tremblay et Mevellec, 2013), mais il arrive meme que les taux de feminisation du personnel politique municipal soient inferieurs a ceux des deputees, comme c'est le cas au Quebec, l'ecart se creusant davantage lorsque seules les mairesses (a l'exclusion des conseilleres) sont prises en consideration. Vu autrement, l'une des quasi-lois qui inspirent les etudes sur les femmes en politique, soit celle de la disparite progressive en vertu de laquelle plus un poste politique est eleve et important et plus son taux de feminisation y est modeste, ne tient pas la route: la representation des Quebecoises est plus forte au palier legislatif federal et provincial que dans les municipalites.

Les quelques etudes realisees sur les femmes et la politique municipale au Quebec (notamment: Bedard et Tremblay, 2000; Bherer et Collin, 2008; Gidengil et Vengroff, 1997; Maille et Tardy, 1988; Tardy, 2002; Tardy et al., 1982; Tardy et al., 1997; Tremblay, 1996a, 1996b) n'examinent guere les facteurs a meme d'expliquer la faible presence des femmes au sein des conseils municipaux. En revanche, les facteurs influencant l'election des femmes en politique legislative etant bien connus, ce texte reprendra les constats tires des recherches sur le palier parlementaire pour guider l'analyse du taux de feminisation de la politique municipale quebecoise.

Cet article se veut une reflexion sur la sous representation des femmes en tant que membres des conseils de ville au Quebec, (2) et ce, a l'aune des explications mises de l'avant pour comprendre leur faible presence dans les espaces parlementaires. Dans cette perspective, l'idee qui l'inspire est la suivante: bien quelles puissent jeter un certain eclairage sur l'arene municipale, les explications developpees a l'echelle legislative sont insuffisantes a faire pleinement la lumiere sur le faible taux de feminisation de la politique municipale, et ce, parce que celle-ci, disposant de ses logiques propres de fonctionnement, ne peut etre entierement assimilee a celle-la, comme il ressortira de l'analyse du role des partis politiques (3) dans la selection des candidatures (et donc des candidates). Sera d'abord esquisse un portrait de la representation descriptive des femmes en tant quelles sont conseilleres, mairesses, deputees et ministres au Quebec, avec l'intention d'evaluer l'idee quelles sont plus presentes en politique municipale que parlementaire (et meme executive). Seront ensuite presentees les principales explications de la sous representation des femmes en politique legislative au Quebec, et ce, dans la perspective d'evaluer la portee heuristique de chacune pour comprendre les faibles taux de feminisation des hotels de ville. A cette fin, les elections municipales de 2013 constitueront le terrain d'enquete privilegie. Finalement, la conclusion tirera quelques grands constats de cette reflexion et suggerera quelques pistes de recherche pour l'avenir.

Les femmes en politique municipale et legislative au Quebec

La participation des femmes a la politique quebecoise ne vient pas appuyer l'idee selon laquelle elles seraient plus presentes sur la scene municipale qu'au sein des espaces parlementaires. En effet, une premiere observation qui ressort du tableau 1 veut que non seulement les taux de feminisation des roles de mairesses et de conseilleres ne soient pas plus eleves que ceux de deputees tant a Quebec qu'a Ottawa, mais tres clairement l'inverse prevaut: l'Assemblee nationale du Quebec et la deputation du Quebec a Ottawa sont nettement plus feminisees que les hotels de ville de . Cette observation generale ne souffre que de trois exceptions (en 1993,1994 et 2014), alors que la proportion des conseilleres excede de maniere plus ou moins accentuee celle des deputees. Une deuxieme observation porte sur la proportion des deputees et celle des conseilleres qui, de maniere generale, sont relativement proches; vu autrement, la proportion des mairesses se situe nettement en deca du pourcentage des deputees et des conseilleres.

Toutefois, il est possible qu'en raison de la nature du poste de mairesse ou de maire, il faille davantage le comparer a celui de ministres que de deputees. En effet, alors que les deputees et les conseilleres se consacrent a des fonctions essentiellement legislatives (par exemple etudier les projets de reglementation municipale en comites, les adopter au Conseil), aux mairesses incombent des fonctions executives comparables a celles des ministres voire de la premiere ou du premier ministre. Or, comme le revele le tableau 1, cette facon de voir ne change pas la donne, puisque la proportion des femmes au Conseil executif du Quebec (c'est-a-dire les femmes ministres au cabinet) est pour l'essentiel superieure a la proportion des deputees a l'Assemblee nationale et a celle des conseilleres et des mairesses, notamment a partir de la deuxieme moitie des annees 1980. La question se pose donc de savoir pourquoi si peu de femmes siegent a des conseils de ville au Quebec.

Principales explications de la sous representation des femmes en politique parlementaire au Quebec: quels eclairages quant aux faibles taux de feminisation des conseils de ville?

Une tres riche litterature permet aujourd'hui de comprendre...

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