Est-ce que les interventions des députés d'arrière-ban sont sexo spécifiques?

AuthorSchwenk, Alison
PositionArticle Vedette

Introduction

Même si les parlements du monde entier accueillent davantage de femmes, les législatures peuvent demeurer des institutions sexospécifiques (1). Il est largement prouvé que les femmes sont plus susceptibles que les hommes de siéger dans les comités parlementaires qui traitent de questions stéréotypées féminines, telles que la santé, la protection sociale et l'éducation, et moins susceptibles de siéger dans les comités qui traitent de questions stéréotypées masculines, telles que l'économie, les finances et la défense (2). Il est également prouvé qu'elles prononcent moins d'allocutions au Parlement que les hommes (3). Dans le présent article, nous examinons une autre forme de sexospécificité et nous nous demandons si les femmes d'arrièreban du Parlement canadien sont plus susceptibles que les hommes d'aborder des questions stéréotypées féminines et moins susceptibles d'aborder des questions stéréotypées masculines lorsqu'elles interviennent dans la période des questions et les affaires émanant des députés.

Sexe et discours

Il y a un certain nombre de raisons de s'attendre à ce que les interventions des députés d'arrière-ban dans ces lieux soient sexospécifiques. Tout d'abord, il existe des incitations à la carrière. De nombreuses études ont montré que les électeurs sont susceptibles d'attribuer des compétences en matière de questions sur la base du sexe d'un politicien (4). On présume que les femmes sont plus compétentes pour traiter des questions stéréotypées féminines alors que les hommes seraient plus compétents à l'endroit de questions stéréotypées masculines. En conséquence, la direction du parti peut avoir une incitation stratégique à encourager les femmes membres à intervenir sur des questions stéréotypées féminines dans des tribunes plus publiques afin de démontrer la compétence du parti à traiter ces questions. A l'inverse, les femmes membres peuvent être moins susceptibles d'être sélectionnées pour intervenir sur des questions stéréotypées masculines pour lesquelles on peut présumer qu'elles sont moins compétentes. Étant donné le degré de discipline de parti au Parlement canadien, les femmes d'arrière-ban sont fortement incitées à se conformer aux souhaits de la direction du parti. Si elles accordent de l'importance à l'avancement professionnel, elles ne voudront pas risquer une sanction ou une mise de côté lorsqu'il s'agira de choisir les députés d'arrièreban pour occuper des postes clés. Comme l'a expliqué un ancien député, << un député loyal peut devenir président de comité, leader parlementaire, secrétaire parlementaire ou ministre. Les députés insubordonnés peuvent être relégués sur les banquettes arrière, se voir refuser l'autorisation de voyager à l'étranger, être expulsés du caucus ou se voir interdire de se présenter aux prochaines élections >> (5).

Nous ne devons cependant pas supposer que les femmes ont nécessairement besoin de carottes ou de bâtons pour intervenir sur des questions stéréotypées et féminines. Plutôt que d'être le résultat d'une pression exercée par la direction du parti, cela pourrait être une question de choix. Les femmes peuvent estimer qu'elles ont le devoir de s'exprimer sur des questions qui sont considérées comme particulièrement préoccupantes pour les femmes. Ces questions vont au-delà de ce qui est traditionnellement considéré comme des << questions féminines >> (telles que le choix en matière de procréation, la violence contre les femmes et le harcèlement sexuel) pour inclure des questions stéréotypées comme la santé, la protection sociale et l'éducation. Les femmes peuvent même craindre une sanction électorale si elles ne répondent pas aux attentes des électeurs concernant les compétences et les priorités des femmes politiques en matière de questions (6). Elles peuvent également être plus enclines à donner la priorité à ces questions parce qu'elles sont plus susceptibles que les hommes d'être venues en politique en provenance de domaines tels que les soins de santé, le travail social et l'éducation. La socialisation et les expériences de vie des hommes et des femmes peuvent également jouer un rôle (7).

Il est possible, bien sûr, que les interventions des députés d'arrière-ban à la période des questions et des affaires émanant des députés ne soient pas sexospécifiques. Les femmes d'arrière-ban peuvent être aussi susceptibles que les hommes d'aborder des questions stéréotypées de nature masculine, tout comme les hommes peuvent être aussi susceptibles que les femmes de soulever des questions stéréotypées de nature féminine (8). Les femmes peuvent en arriver à un compromis difficile. Pour progresser dans leur carrière parlementaire, elles doivent également être réélues. Cela peut les inciter à aborder des questions stéréotypées de nature masculine afin de vaincre les préjugés des électeurs concernant les compétences des femmes politiques en matière de questions qui pourraient réduire leurs chances d'une réélection. Pour leur part, les hommes sont incités à intervenir sur des questions stéréotypées féminines, étant donné que la moitié de leurs électeurs seront des femmes. En effet, des questions telles que la santé, l'éducation et la protection sociale ne concernent pas seulement les femmes; leurs électeurs masculins peuvent également s'intéresser à ces questions.

Cela peut expliquer pourquoi les études sur le discours législatif ont donné des résultats mitigés. Par exemple, une étude portant sur sept parlements européens a révélé que les femmes parlementaires des...

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